Quelques textes d'époque

 

Voici quelques extraits de textes d'époque.

Plusieurs proviennent d'une des principales sources pour l'histoire du 18eme Louisiane : « The Civil War Reminiscences of Major Silas T. Grisamore C.S.A. », mémoires d'un ancien membre de la Compagnie G de ce régiment rassemblées et commentées par Arthur W. Bergeron Jr. (Louisiana State University Press, Baton Rouge, 1993).

 

 


 

Rivalité

 

D'après Grisamore, une curieuse querelle de clocher semblait opposer les soldats du bayou Lafourche (janvier 1862) :

« Quasiment depuis l'organisation de notre compagnie une querelle s'était maintenue entre la partie des hommes habitant au-dessus et la partie habitant au-dessous de Thibodaux. Des disputes fréquentes survenaient, et des insultes contre ceux résidant "en haut" (en français dans le texte) et "en bas" (idem) étaient entendues chaque jour. Les officiers de la compagnie se fatiguaient des plaintes causées par cette stupide rivalité, et nous conclûmes que le meilleur moyen d'y mettre fin serait de les laisser se bagarrer, et on m'ordonna de leur faire savoir qu'ils pourraient régler leurs comptes de cette façon. Je leur dis qu'à deux heures, pendant que nous dînerions, ils pouvaient prendre leur gourde sur leur épaule et aller sur la voie de chemin de fer et se battre sur cette ligne. A l'heure prévue quasiment chaque homme de la compagnie partit ainsi. Nous mangeâmes notre dîner, et la foule restait là-bas mais semblait très calme. Peu de temps après, ils commencèrent à se disperser, certains vers le camp, d'autre vers les chariots d'eau, mais il n'y avait pas eu de combat, et par la suite jamais nous n'entendîmes quoi que ce soit sur "en haut le bayou" (en français dans le texte) ou "en bas le bayou" (idem) mais tous, haut et bas, laissèrent leur stupide dispute tomber dans l'oubli. »

 


 

Erreur à Shiloh

 

Extrait des souvenirs du général confédéré Basil W. Duke sur la bataille de Shiloh (6-7 avril 1862) :

« A l'extrême gauche de la brigade Pond se trouvait le 18eme Louisiane, un régiment de créoles français qui parlaient peu anglais sinon pas du tout !

Ils étaient vêtus d'uniformes bleus, et au premier coup d'oeil donnaient l'impression qu'il s'agissait de fédéraux...

Nous allions ouvrir le feu sur eux quand, heureusement, je reconnus le patois créole (sic !) employé par l'officier qui donnait les ordres, et au lieu de tirer, nous fraternisâmes.

La même erreur que nous avions failli commettre fut faite par une autre troupe confédérée mais ne put être corrigée à temps et ils reçurent plusieurs salves "amies". Finalement ils ripostèrent. Il ne leur en fut pas tenu rigueur et ils donnaient la même raison à tous ceux qui les interrogeaient : Nous tirons sur tout ce qui nous canarde, Bon Dieu !!! »

 

Sur cette méprise, S.T. Grisamore écrit (à la date du 6 avril, page 34) :

« On continuait à nous faire avancer, étant, je pense, à l'extrême gauche, car je ne vis jamais aucune de nos troupes à notre gauche (...).Avançant toujours vers une heure, nous approchâmes d'une ligne d'ennemis engagés contre la division Hardee. Ils étaient en ligne presque perpendiculaire à nous et aussitôt que nous eûmes passé un épais bouquet d'arbres, le colonel Mouton ordonna à notre régiment de charger ; l'ennemi commença immédiatement à faire retraite et s'apprêtait à se rendre lorsque les troupes de Hardee, nous voyant avancer, commençèrent à nous tirer dessus. Nos deux compagnies de droite étaient vêtues de bleu, et furent prises pour des Yankees. Nous fûmes obligés de reculer, et l'ennemi s'échappa. »

 

D'après Alfred Roman, c'est le 27eme Tennessee qui tira sur le 18eme Louisiane.

 


 

Un rôle sordide

 

Particulièrement choquant, le passage suivant nous rappelle que la guerre de sécession n'était pas qu'un exotique épisode de western. Grisamore raconte qu'en novembre 1862, sa compagnie joua provisoirement le rôle de « provost marshal guard » (police militaire). Il est évident ici que même les simples soldats sudistes ne pouvaient pas ignorer la logique du combat qu'on leur faisait mener.

« Nov. 4. Notre compagnie fut faite "provost marshal guard", sous le commandement du capitaine Gourdain, "Provost Marshal".

Nov. 5. Notre premier devoir fut de fusiller un Noir condamné à mort par une cour martiale pour avoir tenté de passer à travers nos lignes vers l'ennemi. L'exécution fut consommée sur les rives de la Teche en présence de plusieurs centaines de Noirs, qui travaillaient sur les fortifications. »

 


 

Automnes et hivers louisianais

 

La Louisiane bénéficie apparemment d'un climat chaud, mais il y fait parfois plus froid qu'on ne l'imagine vu de loin. Grisamore écrit pour les 25 et 27 octobre 1862, juste avant la bataille de Labadieville :

« Le temps avait tourné au froid toute la journée ; un vent du Nord, vif et piquant, soufflait furieusement. (...) Au matin du 27 les cannes à sucre étaient gelées sur pied. »

Les Acadiens du 18eme sont confrontés à un temps encore pire sur les rives de la Ouachita, dans le nord de la Louisiane, début janvier 1864, mais là ils n'y sont guère habitués :

« Le jour précédent j'avais donné un peu d'argent (pour qu'on) m'achète des oeufs. Ce matin le lot entier était gelé aussi dur que des briques, et sachant que je ne pouvais rien en faire moi-même, je le donnais aux hommes pour les cuire avant de partir. C'était assez amusant d'écouter les commentaires des gars et d'entendre leurs exclamations d'étonnement et de surprise lorsqu'ils virent le premier oeuf gelé. Une telle chose n'avait jamais effleuré leur philosophie, et les "nom de Dieu", "tonnerre", et "sacre" (exclamations en français dans le texte) furent entendus partout dans le camp. »

 


 

 

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